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Le Poids Juste

Mini-Histoire 1 — Ère 1, Coalition Autarcique. Protagoniste : Anton Voss.

15 min de lecture

À 6h12, le camion 12 monte sur la bascule, et Anton Voss lit le chiffre avant même qu'il ait fini de s'afficher. Cent tonnes. Tout rond.

Anton est contrôleur du tonnage pour ce secteur : trente mines déversent leur Pyrosile devant son poste, et c'est lui qui pèse chaque chargement avant qu'il parte vers les centrales de la Coalition. Pas parce qu'il décide quoi que ce soit — parce que c'est son travail de vérifier. Quinze ans qu'il le fait. Un poste de confiance, le genre qu'on donne à un homme que personne n'a jamais réussi à acheter. Ça paie bien : 120 T$ par mois, cinq fois ce que touche un ouvrier du fond. Mais ici, la paie n'achète pas le droit de poser des questions.

Les camions du site montent à quarante tonnes. C'est la taille des pistes, la taille des ponts, la taille de tout ce qui a été construit ici depuis vingt ans.

Le 12 n'est pas de cette taille-là. Il est plus long, plus haut sur ses roues, et sa benne pleine effleure le toit du poste de bascule. Le mois dernier, on a élargi le virage à la sortie du site. Personne n'a dit pourquoi.

Cent tonnes tout rond. Comme celui d'hier soir. Comme les trois d'avant-hier.

Les centrales sont à l'ouest. Le 12 part vers le nord.

Un soldat est monté sur le rebord de la benne à l'arrière du camion, fusil en bandoulière. Il est arrivé avec le chargement, il repartira avec lui. Anton ne l'a jamais vu — ni celui-là, ni aucun de ceux qui montent sur ces camions-là. Ce ne sont pas des gardes du site. Le chauffeur, lui, reste dans sa cabine, voûté sur son volant, et ne tourne pas la tête.

Aucun autre convoi n'a d'escorte.

Anton se penche vers la benne, par réflexe, pour voir ce qu'elle transporte. Du Pyrosile. La même roche noire que dans les trente autres bennes de la matinée, celle qu'on arrache ici depuis vingt ans et qu'on brûle dans les centrales pour éclairer le pays. Rien de rare. Rien qui vaille un fusil.

Il tend la main vers le registre. Sa main s'arrête avant le stylo.

Anton — Contrôle standard.

Il le dit plus pour lui-même que pour le soldat.

Le soldat ne bouge pas. Ne répond pas. Il n'en a pas besoin.

Anton a le grade pour insister. Le badge, quinze ans de service, une signature que personne d'autre ne peut mettre à sa place. Mais un badge ne discute pas avec un fusil.

Il laisse passer.

Le camion s'éloigne. Anton regarde le nuage de poussière retomber.

Trois semaines qu'il note ces départs sur son registre, ligne par ligne, comme il note tout depuis quinze ans. Trois semaines que le rapport mensuel lui revient à signer sans une seule de ces lignes.

Sa main a déjà quitté la page — le geste avant la décision, comme toujours chez lui.

Le talkie sur sa hanche grésille. Mira, sa femme.

Mira — Sasha a toussé toute la nuit. Il ne reste presque plus d'oxygène pour elle.

Il ne répond pas tout de suite. Autour de lui, le site tourne comme il tourne depuis vingt ans : les foreuses mordent la roche, la poussière retombe sur les mêmes toits, jour après jour. Un système dont il connaît chaque rouage et chaque écart.

Anton — Je rentre à midi. Je passe prendre une cartouche pleine.

Il sait déjà combien il reste sur le compte. Une cartouche pleine, et il ne reste presque rien jusqu'à la fin du mois — pas assez pour le loyer, pas assez pour autre chose que respirer.

Il referme le registre pour de bon, et pour la première fois en quinze ans, il ne note pas l'anomalie.

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Le bloc 4 est à vingt minutes à pied. Anton fait ce trajet tous les jours sans y penser.

Les immeubles ici datent d'avant la Coalition : du béton noirci, des fenêtres bouchées au carton. La rue plus bas est barrée depuis que le sol s'est affaissé l'an dernier sur toute la longueur du pâté de maisons. Du linge sèche entre deux étages, plus haut que la poussière ne monte. Des gamins jouent sur les gravats. L'un d'eux tousse en courant, sans s'arrêter de courir.

NewAir est au coin de la rue Kessel, entre un immeuble muré et un autre à moitié effondré. De loin, on dirait une erreur — une vitrine blanche et éclairée, les lettres « O2 » d'un blanc immaculé sur la façade, comme tombée d'ailleurs.

Deux soldats gardent la porte, un de chaque côté, comme si quelqu'un risquait vraiment d'entrer juste pour respirer. Le scanner au-dessus de l'entrée lit le visage d'Anton, puis son badge. Quelque chose d'autre aussi — un chiffre qu'on ne lui montre jamais, celui qui décide si la porte s'ouvre. Elle s'ouvre.

À l'intérieur, l'air ne sent rien. C'est ce qui frappe Anton à chaque fois, avant même que la porte se referme derrière lui. Pas de poussière, pas cette odeur de brûlé qui colle à la gorge dehors. Rien.

La vendeuse le reconnaît sans lever les yeux de son registre.

La vendeuse — Cartouche pleine, comme d'habitude ?

Anton — Comme d'habitude.

Elle tape un code. Le prix s'affiche, blanc sur blanc, sans un mot de plus : 90 T$.

Presque quatre mois de salaire, pour un ouvrier du site. Anton ne le regarde pas deux fois. Il pose sa carte. Ça passe.

La vendeuse pose la cartouche sur le comptoir et passe sa paume dessus. Un voyant devient vert. Elle dit la phrase sans le regarder, la même pour chaque client, plate comme une case cochée :

La vendeuse — Verrouillée sur votre foyer. Vous, votre femme, votre fille : elle ne s'ouvre que pour vous trois. Volée, elle ne s'ouvre pour personne.

Elle n'a pas eu besoin de demander qui vit chez lui. C'est écrit quelque part, et elle l'a lu.

Trois autres clients dans la boutique, aucun qu'il ne reconnaît du site. Des vêtements propres, des mains propres. L'un d'eux parle d'un abonnement annuel. Anton range le mot quelque part, sans savoir pourquoi il lui reste.

À peine le seuil franchi, la cartouche sous le bras, la poussière noire recommence à lui piquer les yeux.

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Anton n'a pas fait dix pas dehors quand le bruit commence. Pas un moteur qu'il connaît : quelque chose de plus bas, de plus plein, comme si l'air lui-même se pliait.

Il lève la tête. Au-dessus du toit de NewAir, un appareil descend, deux fois la taille d'un chasseur de la Coalition, posé sur un coussin de flammes bleues, presque invisibles en plein jour. Pas de fumée. Pas cette traînée noire et grasse que crachent tous les moteurs qu'il connaît depuis vingt ans. La coque est blanche, lisse, sans un rivet apparent, sans un seul insigne — rien à voir avec le métal cabossé et noirci de tout ce qu'il connaît.

Il connaît ce silence-là. Il l'a lu dans des rapports, jamais entendu en vrai : ça vient d'un réacteur au Prométhium.

L'appareil se pose sur le toit plat, doucement pour quelque chose d'aussi lourd. Une passerelle descend avant même que les réacteurs ne coupent.

Anton reste là, la cartouche sous le bras. Le chiffre lui revient sans qu'il le cherche, le même réflexe qui lui fait vérifier un tonnage avant de dire bonjour. Zéro pour cent. La Coalition ne reçoit aucun gramme de Prométhium. C'est écrit, signé, vérifié, dans un rapport dont il connaît par cœur la version qu'il signe chaque mois.

Quelqu'un descend de l'appareil. Anton ne le regarde pas assez longtemps pour voir son visage avant qu'il ne disparaissent à l'intérieur.

Il reprend la route vers le bloc 4. Il ne note rien. Il n'y a nulle part où noter ça.

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Le poste est à l'angle de la rue Denz : un comptoir métallique, deux gamins en uniforme. Un homme est plaqué contre le mur, son sac vidé par terre. Un des soldats fouille dedans avec la pointe de sa botte, sans lever les yeux : une gamelle et un paquet de cigarettes de contrebande.

Le soldat — Ta carte de travail est pas à jour. On va dire que ça, ça compense.

Il ramasse le paquet de cigarettes.

L'homme ne dit rien. Il regarde le paquet partir dans la poche du soldat comme on regarde quelque chose qu'on a déjà perdu.

Anton s'arrête avant même d'avoir décidé de s'arrêter.

Anton — Laissez-le.

Le soldat se redresse, agacé plus qu'inquiet.

Le soldat — C'est vos affaires, ça ?

Anton — Je connais très bien votre capitaine, Armand Milanes. On se parle plus souvent que vous ne le pensez. Un appel de plus ne le dérangera pas.

Il ne sait pas d'où lui vient ce ton. Il ne l'a jamais pris en quinze ans.

Le soldat regarde son collègue. Le silence dure une seconde de trop pour être de l'indifférence.

Ils ne savent pas qui il est. C'est ça, le problème. Un type qui sort le nom complet d'un capitaine sans hésiter une seconde, c'est soit un menteur, soit quelqu'un qu'on ne dérange pas. Et un paquet de cigarettes ne vaut pas le risque de se tromper.

Il repose le paquet de cigarettes dans le sac plutôt que dans la main de l'homme, comme si le lui rendre directement aurait été trop. Anton pousse le sac vers l'ouvrier du bout du pied. L'homme le ramasse et s'en va, vite, sans se retourner.

L'autre soldat, resté silencieux jusque-là, note quelque chose sur une tablette. Il ne cache pas son geste. Il veut qu'Anton le voie.

Et il le voit.

Il reprend la route vers le bloc 4. Pour la première fois de la journée, il n'a pas juste regardé.

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L'appartement sent le même renfermé que d'habitude — le chauffage au minimum, l'air recyclé deux fois de trop. Mira ne dit rien quand il pose la cartouche sur la table. Elle prend juste sa veste, comme pour l'aider à l'enlever.

Mira — Elle a dormi une heure cet après-midi. Pas plus. Le reste du temps, elle respirait fort, assise. Je savais pas quoi faire d'autre que la laisser assise.

Anton — T'as bien fait.

Mira — J'en sais rien.

Sasha dort déjà, le masque de travers sur la moitié du visage. Sa respiration siffle deux crans plus haut que la veille — le débit du masque, réglé un cran plus haut chaque fois qu'elle respire moins bien toute seule. Anton compte les crans depuis huit mois. Elle n'en avait jamais pris deux à la fois.

Il ne la réveille pas. Il replace le masque, doucement, et ressort de la chambre.

Sur la table, son écran de service clignote : le bulletin hebdomadaire, celui qu'il lit tous les soirs sans vraiment le lire. Cette fois, il le lit.

Trois lignes plus bas que d'habitude, un passage est classé « camion 12 — non soumis à contrôle standard », daté de jeudi, sur son propre poste.

Anton connaît cette formule. Depuis trois semaines, elle revient tous les jours, plusieurs fois par jour : des camions différents, des soldats différents, toujours les mêmes cent tonnes rondes, toujours par la sortie nord. Il en a laissé passer un ce matin même.

C'est la première fois qu'on le prévient à l'avance.

Jeudi. Déjà demain.

Il repose l'écran. Il ne prend pas de notes, pas cette fois. Il ouvre plutôt la liste de son équipe, fait défiler les noms qu'il connaît tous par cœur, et s'arrête sur un seul.

Talik.

Il s'endort sans s'en apercevoir, quelque part entre deux pensées.

Sasha, allongée. Immobile.

Le noir. La roche qui bouge sous eux, sans jamais s'arrêter.

Du Pyrosile. Des tonnes de Pyrosile, et plus assez d'air.

Un chiffre, quelque part devant lui. Il ne le voit pas. Il n'arrive pas à le lire.

Le bruit, partout. Un moteur qui ne s'arrête jamais. Le métal qui vibre contre son dos.

Il cherche la main de Sasha dans le noir.

Il ne trouve rien.

Il se réveille avant de comprendre ce qui lui échappait.

La chambre est noire. Mira respire lentement à côté de lui, tournée de l'autre côté. Anton reste allongé, les yeux ouverts. Il sait déjà à qui il va parler demain.

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À 3h40, le chantier de chargement tourne comme en plein jour — il tourne toujours, nuit et jour, parce qu'un pays qui s'arrête de creuser s'arrête de respirer. Les projecteurs cassent le noir en larges blocs blancs. Les bennes crachent leur roche dans les bacs avec un bruit qu'on sent dans les dents.

Anton avance entre les machines, Sasha contre lui, à moitié endormie, le masque bien en place. Mira suit, un sac sur l'épaule comme n'importe quelle femme venue apporter le repas de son mari.

Au poste d'entrée, sans s'arrêter de marcher :

Anton — Elle voulait voir où travaille son père.

Personne ne lui demande de répéter. Personne ne demande jamais rien à Anton Voss.

Il trouve Talik contre le flanc du camion 12, en train de vérifier une fixation qui n'a pas besoin d'être vérifiée.

Anton — J'ai besoin de toi. Maintenant. Pas dans une heure.

Talik regarde Mira, regarde Sasha, comprend avant qu'on lui explique.

Talik — Anton...

Anton — Cinq minutes. C'est tout ce que je te demande.

Le silence de Talik dure une seconde. Une seule.

Talik — Le compartiment d'inspection. Sous la benne, à l'arrière. Un caisson vide où on entre à quatre pattes, celui par lequel on atteint la transmission quand elle lâche. Une fois la benne pleine, personne ne le rouvre. Ni ici, ni à la frontière. On ne l'ouvre qu'à la panne suivante.

Anton — On y respire ?

Talik — Mal. Mais on y respire.

Ils bougent vite, trop vite pour qu'Anton se souvienne, plus tard, de l'ordre exact des gestes. Talik décroche le panneau. Le caisson fait la largeur du camion et la hauteur d'un homme couché, pas plus, et le métal du plancher est déjà tiède. Sasha soulevée, glissée dedans la première. Mira se plie contre la paroi du fond, le sac calé sous la tête de sa fille pour amortir. Anton pousse la cartouche derrière elles, contre le masque.

Mira — Elle va tousser. Anton, elle va forcément tousser.

Anton — Alors qu'elle tousse doucement.

Ce n'est pas vraiment une réponse, mais c'est tout ce qu'il a.

Il se penche vers Sasha, une seconde, pas plus.

Anton — Ne tousse pas, mon poussin. S'il te plaît.

Sasha ne répond pas. Elle le regarde, juste ça, les yeux trop grands pour son visage.

Anton entre le dernier. À plat ventre d'abord, puis sur le flanc, parce qu'il n'y a pas la place pour trois côte à côte. Il s'allonge dans l'axe du caisson, la tête de sa fille calée contre son épaule, ses genoux contre ceux de Mira.

Talik — Le camion part à 6h. D'ici là, vous ne bougez pas, même quand ça tombera au-dessus de vous. Et à partir de maintenant, je ne t'ai pas vu ce matin.

Anton ne dit pas merci. Talik n'en a pas besoin.

Le panneau se referme. De l'extérieur, on ne voit rien qu'une plaque de métal parmi d'autres. Dedans, le noir est complet.

Le chargement commence vingt minutes plus tard. La roche tombe dans la benne par blocs, juste au-dessus d'eux, et le plancher du caisson s'enfonce un peu plus sur les suspensions à chaque fois. Sasha ne dit rien. Mira ne dit rien.

Ça dure une heure. Puis plus rien du tout, et l'attente est pire que le bruit.

À 6h, le camion 12 franchit la bascule, et personne ne vérifie le chargement.

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Le camion roule depuis trois heures quand il ralentit pour de bon.

Dans le noir du compartiment, Anton sent le changement avant de l'entendre — moins de vitesse, plus de nids-de-poule, le genre de route qu'on ne prend qu'à un poste de contrôle.

Sasha respire contre son épaule, un souffle sifflant qu'il connaît par cœur maintenant, chaque cran, chaque palier.

Il a compté jusqu'à trois crans depuis le départ.

Le quatrième arrive au moment où le camion s'arrête pour de bon.

Des voix, dehors. Pas celles qu'il attendait : pas l'accent du Sud, pas le ton feutré des gens qui savent déjà ce qu'ils vont trouver. Des voix du Nord, banales, un peu ennuyées, le genre qu'on prend pour vérifier un chargement de plus, un matin comme un autre.

Le moteur s'arrête.

Le garde-frontière, dehors — Contrôle de routine. Vous êtes escortés ?

Sasha se raidit contre lui. La toux monte, quelque part au fond de sa poitrine.

Le soldat du convoi, plus loin — Escortés.

Elle serre les dents. Elle tient.

Le garde-frontière — Allez-y.

Elle ne tient plus.

La toux sort, sèche, sonore, contre la paroi de métal qui devrait les protéger et qui, à cet instant précis, ne fait que transmettre le son.

Un silence, dehors. Puis des pas qui reviennent.

Le garde-frontière — Il y a quelqu'un là-dedans.

La porte métallique s'ouvre d'un coup, et la lumière blanche du poste tombe sur eux comme une gifle.

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FÉDÉRATION DU NORD — RÉGION 12 HÔPITAL RÉGIONAL — DOSSIER D'ADMISSION N° 256 077

IDENTITÉ : Sasha, nom de famille inconnu ÂGE ESTIMÉ : 4 ans LIEU DE DÉCOUVERTE : poste-frontière, Région 12 FAMILLE : aucun parent identifié DIAGNOSTIC : fibrose pulmonaire avancée, stade indéterminé PRONOSTIC : favorable sous traitement à l'air filtré, disponible en continu dans la région STATUT : prise en charge, placement familial en cours

Un étage du palais de la Fédération qui n'apparaît sur aucun plan.

Le rapporteur, sans lever les yeux de son dossier — La quatrième famille retrouvée sur un convoi cette année. Le père, la mère : dossier clos. La petite est passée par l'hôpital régional.

L'homme derrière le bureau ne pose qu'une question.

L'homme — Elle sait quelque chose ?

Le rapporteur — Quatre ans. Elle ne sait même pas où elle est née.

L'homme — Et sa santé ?

Le rapporteur — Bonne, avec le temps. L'air filtré suffira.

Il referme le dossier.

L'homme — Alors elle n'est pas notre problème.

Quelque part dans cette même région, une fillette respire un air qui ne lui fait plus mal.

Elle ne saura jamais pourquoi.